appliquer le lean management dans les approvisionnements
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Comment appliquer le lean management dans les approvisionnements​ ?

Les chaînes d’approvisionnement des entreprises sont en permanence confrontées à des défis, parmi lesquels le gaspillage occupe une place préoccupante. On estime que 8 % des stocks de la chaîne d’approvisionnement mondiale finissent en déchets, un chiffre de 2022 déjà alarmant par le passé, mais qui reste malheureusement d’actualité, voire en aggravation.

Dans le secteur de la mode, les stocks excédentaires représentaient en 2023 entre 70 et 140 milliards de dollars de ventes potentielles perdues, révélant une gestion inadéquate des flux et des prévisions. Outre les pertes liées aux stocks, d’autres formes de gaspillage affectent aussi les chaînes d’approvisionnement.

Il y a par exemple les temps d’attente, les transports inutiles, les erreurs de production, les processus inefficaces, la surproduction, ou encore le manque de réactivité face à la demande réelle. Ces dysfonctionnements entraînent une baisse de performance, une insatisfaction client et un impact environnemental négatif. Pour faire face à ces enjeux, plusieurs solutions existent : meilleure gestion des données, automatisation, mutualisation logistique… Parmi elles, le lean management bien évidemment, qui se distingue comme une approche structurée visant à éliminer les gaspillages et optimiser les processus. Cet article explore la manière juste d’appliquer le lean management aux approvisionnements pour les rendre plus fluides, agiles et durables.

Qu’est-ce que le lean management ?

lean management

💡🎯 Lire aussi : Lean en six sigma (LSS) : tout comprendre de ce terme complexe   

Le lean management, appliqué aux approvisionnements, vise à optimiser les flux de matières et d’informations tout en réduisant les gaspillages. Son objectif principal est d’apporter plus de valeur au client avec moins de ressources, en se concentrant sur l’amélioration continue des processus. Il vise aussi à réduire les pertes liées aux gaspillages. Dans le contexte des chaînes d’approvisionnement, cela signifie raccourcir les délais, améliorer la qualité, réduire les stocks inutiles et anticiper les besoins réels des clients.

Concrètement, le lean va transformer la manière dont les approvisionnements sont gérés. Fini les commandes excessives, les ruptures ou les surstocks : grâce à des outils comme le juste-à-temps (JAT) ou le kanban, les flux sont régulés selon la demande réelle. Cela permet de gagner en réactivité, d’aligner plus efficacement les achats avec la production, et d’éviter les coûts cachés liés aux erreurs ou aux excédents.

Les enjeux sont donc stratégiques : une supply chain plus fluide, plus agile, et plus fiable. En réduisant les gaspillages à chaque étape, de la commande fournisseur à la livraison client, le lean management permet d’atteindre un haut niveau de performance tout en renforçant la compétitivité de l’entreprise.

La chaîne d’approvisionnement désigne l’ensemble des étapes nécessaires pour acheminer un produit ou un service depuis les fournisseurs jusqu’au client final. Elle englobe la planification, l’approvisionnement en matières premières, la production, le stockage, la distribution et la livraison.

Chaque maillon de cette chaîne contribue à la création de valeur, mais également aux risques de dysfonctionnements. Une gestion efficace de cette chaîne vise à synchroniser les flux d’informations, de produits et de services, tout en minimisant les ressources inutilisées.

optimisation approvisionnement

Appliquer les principes du lean management à ce processus aide à réduire les gaspillages, à améliorer la réactivité et à maximiser la satisfaction client.

Le lean management identifie sept types de gaspillages fréquents, appelés muda en japonais. Ces gaspillages nuisent à la performance globale des chaînes d’approvisionnement. Voici quelques exemples :

Surproduction : produire ou commander plus que la demande réelle engendre des stocks excédentaires. Cette situation résulte souvent d’une planification déconnectée des ventes réelles, d’un manque de flexibilité dans les systèmes de production ou d’un objectif de remplissage des capacités machines au détriment des besoins clients.

Stocks excessifs : des niveaux de stock trop élevés immobilisent du capital, augmentent les coûts de stockage et masquent des inefficacités. Ce gaspillage découle généralement de prévisions imprécises, d’achats par lots trop importants ou d’un manque de coordination entre les services logistique et commercial.

Transports inutiles : les déplacements excessifs de matières ou de produits entre entrepôts, sites ou zones de production allongent les délais et augmentent les risques de dégradation. Cette situation trouve souvent son origine dans un mauvais agencement des sites, une externalisation mal optimisée ou un manque de regroupement des commandes.

Mouvements inutiles : les manipulations fréquentes et les déplacements superflus du personnel entraînent des pertes de temps et des risques ergonomiques. Ces mouvements inutiles proviennent d’un manque d’outillage adapté, d’une mauvaise organisation des postes de travail ou d’un accès peu fluide aux données logistiques.

Temps d’attente : les interruptions dans les flux, causées par des retards fournisseurs, des ruptures de stock ou des validations internes trop longues, créent des temps morts. Ces retards proviennent souvent d’un manque de synchronisation entre les acteurs ou de processus décisionnels trop rigides.

Défauts : les erreurs de commande, les produits endommagés ou les livraisons non conformes entraînent des retours, des contrôles supplémentaires et des insatisfactions clients. Les défauts sont liés à une mauvaise communication entre fournisseurs et acheteurs, à une absence de contrôle qualité ou à des systèmes informatiques obsolètes.

Processus inutiles : la duplication de tâches, les validations excessives ou les processus sans valeur ajoutée alourdissent la chaîne d’approvisionnement. Ce gaspillage s’explique souvent par une culture d’entreprise rigide, une méconnaissance des flux ou l’absence d’analyse régulière des processus existants.

L’identification des gaspillages est l’étape fondamentale du lean management. Dans le domaine des approvisionnements, cette démarche vise à repérer toutes les activités qui n’apportent aucune valeur ajoutée pour le client final, qu’il s’agisse de stocks inutiles, de surtraitements, de déplacements excessifs ou d’attentes injustifiées. Repérer ces gaspillages ne s’improvise pas.

Cela nécessite des outils d’analyse, des techniques d’observation structurées et une implication active des équipes terrain. Voici une présentation des principaux outils et méthodes permettant de détecter efficacement les pertes dans les processus d’approvisionnement : 

Le Value Stream Mapping est un outil central du lean, souvent utilisé comme point de départ. Il s’agit de cartographier le flux de valeur d’un processus, de la demande client à la livraison finale, en passant par chaque étape d’approvisionnement. Voici les objectifs :

  • Visualiser les flux physiques et d’information
  • Distinguer les activités à valeur ajoutée de celles sans valeur ajoutée
  • Identifier les sources de gaspillage (temps d’attente, excès de stock, doublons)

Mise en œuvre :

  • On dessine une représentation visuelle des flux d’approvisionnement
  • On note les temps de cycle, les délais entre étapes, les stocks intermédiaires
  • On fait apparaître les gaspillages grâce à des symboles normalisés (attente, transport, défaut…)

Le gemba walk consiste à aller sur le terrain pour observer directement les opérations et dialoguer avec les personnes concernées. « Gemba » signifie « lieu réel » en japonais, c’est-à-dire là où la valeur est créée… ou perdue.

Objectifs :

  • Comprendre le déroulement réel des opérations
  • Identifier les écarts entre procédures théoriques et pratiques
  • Repérer les gaspillages invisibles sur les tableaux de bord

Principes :

  • L’observation se fait sans interrompre les opérations
  • L’analyste pose des questions simples aux opérateurs : Qu’attendez-vous ? Pourquoi ce déplacement ? Qu’est-ce qui ralentit votre tâche ?
  • L’objectif n’est pas de contrôler, mais de comprendre et apprendre

Cette méthode aide à analyser les causes profondes d’un problème de gaspillage détecté. On utilise souvent un diagramme en arête de poisson, appelé aussi diagramme de cause à effet ou diagramme d’Ishikawa. Les 5M correspondent à :

  • Main-d’œuvre (compétences, charge de travail)
  • Méthodes (procédures, organisation)
  • Milieu (environnement de travail)
  • Matières (qualité des produits, fournitures)
  • Matériel (outils, machines, systèmes)

Voici un exemple d’application : si un gaspillage de stock est identifié, l’équipe explore chaque « M » pour chercher des causes :

  • Procédures d’approvisionnement trop rigides (Méthodes)
  • Données obsolètes sur les niveaux de commande (Matières)
  • Manque de coordination entre services (Main-d’œuvre)

Le principe de Pareto ou règle des 80/20 permet de prioriser les gaspillages selon leur impact. En général, 20 % des causes produisent 80 % des effets.

Application :

  • Collecte de données sur les incidents d’approvisionnement (retards, erreurs, ruptures, etc.)
  • Classement des causes selon leur fréquence ou leur coût
  • Construction d’un histogramme visuel pour cibler les priorités

Exemple :

Sur une période de trois mois, une entreprise observe 100 retards d’approvisionnement. Après analyse, elle constate que 75 de ces retards proviennent de seulement 3 fournisseurs. Le diagramme de Pareto oriente alors les actions vers ces fournisseurs stratégiques.

Méthode simple mais redoutablement efficace, les 5 pourquoi consistent à creuser une cause apparente jusqu’à sa racine. Il s’agit de poser la question « Pourquoi ? » de manière successive, en allant toujours plus loin dans l’analyse.

Exemple d’application à un gaspillage :

Problème : le stock d’un composant dépasse les besoins

  • Pourquoi ? → La commande a été surdimensionnée
  • Pourquoi ? → Le calcul du besoin s’est basé sur une estimation
  • Pourquoi ? → Le système de prévision n’a pas été mis à jour
  • Pourquoi ? → L’équipe approvisionnement n’a pas reçu les données de vente
  • Pourquoi ? → Il n’existe pas de lien automatisé entre les ventes et les achats

Résultat : le vrai problème réside dans le manque d’intégration des systèmes d’information, non dans l’erreur humaine de commande.

Le SMED (Single Minute Exchange of Die), initialement conçu pour réduire les temps de changement d’outillage, peut s’adapter aux changements de série ou de fournisseurs. Il aide à réduire les délais de traitement dans les approvisionnements.

Objectif :

  • Réduire le temps entre la création du besoin et l’arrivée du produit

Application :

  • Identifier les opérations internes et externes (à réaliser avant/pendant la commande)
  • Standardiser les tâches récurrentes
  • Éliminer les étapes inutiles (ex. : double validation, saisies manuelles)

Ce travail révèle souvent des gaspillages liés à la redondance des contrôles, aux processus informels, ou à des systèmes de commande non automatisés.

Cette méthode d’analyse classe les articles en fonction de leur valeur économique (ABC) et de leur variabilité de la demande (XYZ).

  • ABC :
    • A = articles à forte valeur
    • B = articles à valeur moyenne
    • C = articles à faible valeur
  • XYZ :
    • X = demande stable
    • Y = demande variable
    • Z = demande très irrégulière

Objectifs :

  • Identifier les articles surstockés ou sous-stockés
  • Adapter les méthodes d’approvisionnement (flux tiré, lot économique, kanban)
  • Mieux répartir les efforts d’analyse

Cette méthode révèle souvent des gaspillages cachés : stocks dormants sur des articles peu critiques, traitement identique de produits à forte et faible rotation, etc.

L’affichage visuel des indicateurs en zone logistique (réception, quai, entrepôt) facilite la détection rapide des anomalies. Il ne s’agit pas de tableaux Excel, mais d’éléments visuels visibles par tous :

  • Statut des commandes en cours
  • Alertes de rupture
  • Retards de livraison fournisseurs
  • État des stocks critiques

Les anomalies sautent alors aux yeux, sans analyse complexe. Les équipes peuvent réagir plus vite et investiguer les causes sans attendre la clôture mensuelle.

Comparer les pratiques entre différents sites, services ou équipes révèle des gaspillages insoupçonnés. Un site peut très bien fonctionner avec des niveaux de stock optimisés, tandis qu’un autre stocke trois fois plus pour les mêmes références.

Actions possibles :

  • Comparer les taux de service
  • Mesurer les délais moyens de commande
  • Analyser les coûts logistiques par unité achetée

Le benchmarking interne favorise l’adoption des bonnes pratiques et pousse à l’harmonisation des processus.

De nombreuses recherches académiques et études de terrain ont validé les bénéfices du lean management appliqué à la supply chain. Réduction des coûts, amélioration des délais, baisse du niveau de stock, fiabilité des fournisseurs : les résultats sont souvent significatifs, à condition que la démarche soit bien pilotée. Voici quelques études officielles et publications évaluées par les pairs qui démontrent concrètement l’impact positif du lean dans la gestion des approvisionnements.

Il s’agit d’une étude quantitative dans l’industrie automobile en Inde. Résultats de l’étude : les pratiques lean dans la chaîne d’approvisionnement (y compris les approvisionnements) améliorent la performance de la supply chain. Parmi les pratiques les plus impactantes : la gestion de l’information (information flow), la gestion de la relation client-fournisseur, la qualité, etc.  Pour plus de détails sur l’étude, lisez cet article !

L’étude a confirmé que la « lean procurement » (approvisionnement lean) et la réduction de gaspillage ont un effet statistiquement significatif sur la performance de la supply chain. Coefficient pour lean procurement ≈ 0,232 (p=0,003). Pour plus de détails sur l’étude, lisez cet article !

L’étude menée en Tanzanie (« Lean thinking in medical commodities supply chains ») utilise des entretiens et des groupes de discussion pour identifier les facteurs de gaspillage (inventaire, délais, coûts transactionnels, etc.) ainsi que les outils lean déjà utilisés (standardisation, digitalisation, visual management). Elle montre que dans les établissements publics, les quantifications erronées ou inexactes provoquent des surstocks ou des ruptures, et que l’adoption de systèmes numériques (e‑LMIS) améliore significativement la visibilité, réduit les délais de livraison et les coûts associés aux ruptures. Pour plus de détails sur l’étude, lisez cet article !

Une autre étude (« Effect of Lean Stock Practice on Supply Chain Leverage of Sugar Manufacturing Firms in Kenya ») porte sur les entreprises sucrières. En interrogeant 241 répondants dans 15 entreprises sucrières, les auteurs montrent que les pratiques de gestion de stock lean (lean stock practices) ont un effet positif statistiquement très significatif sur le « supply chain leverage » (capacité à obtenir des avantages dans la chaîne d’approvisionnement comme meilleure exécution, négociations, etc.). Avec R = 0,779, R² = 0,607, β ≈ 0,326, p = 0,000, l’étude démontre que réduire les gaspillages dans les stocks est un levier très puissant. Pour plus de détails sur l’étude, lisez cet article !

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